{"id":11052,"date":"2025-05-19T18:24:10","date_gmt":"2025-05-19T17:24:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.foodmagazine.ma\/?p=11052"},"modified":"2025-05-19T18:24:12","modified_gmt":"2025-05-19T17:24:12","slug":"la-filiere-agrumicole-marocaine-a-lepreuve-des-defis-structurels-et-climatiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/foodmagazine.ma\/?p=11052","title":{"rendered":"La fili\u00e8re agrumicole marocaine\u00a0: A l\u2019\u00e9preuve des d\u00e9fis structurels et climatiques\u00a0"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"667\" src=\"https:\/\/www.foodmagazine.ma\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Photo-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11053\" srcset=\"https:\/\/www.foodmagazine.ma\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Photo-1.jpg 1000w, https:\/\/www.foodmagazine.ma\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Photo-1-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.foodmagazine.ma\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Photo-1-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Longtemps rest\u00e9e confin\u00e9e dans un cadre de concertation restreint, la fili\u00e8re agrumicole marocaine a tenu son tout premier congr\u00e8s scientifique national les 13, 14 et 15 mai 2025 \u00e0 Marrakech. Plac\u00e9 sous le th\u00e8me \u00ab Challenges multiples sur la fili\u00e8re des agrumes : quels leviers pour agir ? \u00bb, cet \u00e9v\u00e9nement a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9 par Maroc Citrus sous l\u2019\u00e9gide du minist\u00e8re de l\u2019Agriculture, de la P\u00eache Maritime, du D\u00e9veloppement Rural et des Eaux et For\u00eats. Il a r\u00e9uni des professionnels, des institutionnels ainsi que des experts marocains et internationaux autour d\u2019un enjeu strat\u00e9gique pour l\u2019agriculture nationale.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"563\" src=\"https:\/\/www.foodmagazine.ma\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/pHOTO-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11054\" srcset=\"https:\/\/www.foodmagazine.ma\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/pHOTO-2.jpg 1000w, https:\/\/www.foodmagazine.ma\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/pHOTO-2-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.foodmagazine.ma\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/pHOTO-2-768x432.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>V\u00e9ritable tr\u00e9sor national, la fili\u00e8re des agrumes fait vivre plus de 13 000 familles \u00e0 travers le pays. Elle g\u00e9n\u00e8re 32 millions de journ\u00e9es de travail, soutenant l\u2019emploi rural et dynamisant les territoires. Ce sont \u00e9galement 50 stations de conditionnement et 4 usines de transformation qui assurent la valorisation d\u2019une production annuelle estim\u00e9e \u00e0 1,5 million de tonnes, dont pr\u00e8s de 40 % sont destin\u00e9es \u00e0 l\u2019exportation.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 elle seule, la fili\u00e8re p\u00e8se plusieurs milliards de dirhams pour l\u2019\u00e9conomie nationale, aussi bien sur les march\u00e9s domestiques qu\u2019internationaux. Pourtant, depuis six ans, elle traverse une temp\u00eate silencieuse. La s\u00e9cheresse persistante ass\u00e8che les barrages, les nappes phr\u00e9atiques s\u2019\u00e9puisent, et l\u2019eau, devenue rare, fragilise les exploitations. En l\u2019espace d\u2019une d\u00e9cennie, un tiers des vergers a \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La concurrence, quant \u00e0 elle, s\u2019intensifie. Des pays comme l\u2019Espagne, l\u2019\u00c9gypte ou la Turquie, fortement soutenus par leurs \u00c9tats, gagnent du terrain sur les march\u00e9s internationaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 cette pression, la fili\u00e8re marocaine conserve toutefois des atouts majeurs : un verger rajeuni et \u00e9quilibr\u00e9, un climat propice, un savoir-faire reconnu, et des hommes et des femmes exp\u00e9riment\u00e9s, port\u00e9s par un soutien actif des pouvoirs publics.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour relancer durablement ce secteur strat\u00e9gique, des actions concr\u00e8tes s\u2019imposent : structurer le march\u00e9 local, mieux valoriser la production, renforcer les m\u00e9canismes d\u2019appui \u00e0 l\u2019export, am\u00e9liorer les rendements, notamment en orange, et surtout, garantir un acc\u00e8s p\u00e9renne \u00e0 la ressource en eau, condition sine qua non de sa survie.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec ses ressources naturelles, son h\u00e9ritage agricole et la force de l\u2019innovation, l\u2019agriculture marocaine dispose des leviers n\u00e9cessaires pour se r\u00e9inventer et reconqu\u00e9rir sa place sur l\u2019\u00e9chiquier mondial.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"M. Kacem Bennani Smires, pr\u00e9sident de Maroc Citrus\" width=\"618\" height=\"348\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/nNwXjddiItM?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mobilisation nationale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Face aux multiples d\u00e9fis qui fragilisent la fili\u00e8re agrumicole, la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une action collective et structur\u00e9e s\u2019est impos\u00e9e d\u00e8s les premiers \u00e9changes du premier Congr\u00e8s national des agrumes, tenu \u00e0 Marrakech du 13 au 15 mai 2025. En ouverture,\u00a0M. Kacem Bennani Smires, pr\u00e9sident de Maroc Citrus, a insist\u00e9 sur l\u2019urgence de f\u00e9d\u00e9rer les acteurs face aux nouveaux d\u00e9fis structurels et climatiques. \u00ab\u00a0<em>Cela faisait plusieurs ann\u00e9es qu\u2019un tel rassemblement, d\u00e9di\u00e9 exclusivement aux enjeux des agrumes, n\u2019avait \u00e9t\u00e9 organis\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb, a-t-il d\u00e9clar\u00e9, rappelant que cette culture constitue un pilier historique de l\u2019agriculture marocaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Fort de ses quarante ann\u00e9es d\u2019engagement, il a salu\u00e9 une mobilisation bien au-del\u00e0 des attentes initiales. Le programme scientifique du congr\u00e8s a couvert l\u2019ensemble de la cha\u00eene de valeur : production, valorisation, exportation, recherche et innovation. Dans un contexte de s\u00e9cheresse persistante et de recul des surfaces exploit\u00e9es, M. Kacem Bennani Smires a soulign\u00e9 les efforts entrepris \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale, notamment les barrages, les projets de dessalement, le traitement des eaux us\u00e9es et les autoroutes de l\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p>M. Redouane Arrach, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du minist\u00e8re de l\u2019Agriculture, a rappel\u00e9 que la fili\u00e8re g\u00e9n\u00e8re pr\u00e8s de 32 millions de journ\u00e9es de travail par an. Il a salu\u00e9 le r\u00f4le structurant de Maroc Citrus et les acquis du Plan Maroc Vert. Mais selon lui, plusieurs d\u00e9s\u00e9quilibres perdurent : concentration excessive sur les vari\u00e9t\u00e9s pr\u00e9coces, renouvellement insuffisant des vergers, faiblesse de la structuration du march\u00e9 int\u00e9rieur et logistique limit\u00e9e. Le Conseil de la Concurrence a, de son c\u00f4t\u00e9, point\u00e9 des dysfonctionnements majeurs dans un avis publi\u00e9 en mars 2024 : morcellement des terres, faible organisation des producteurs, allongement des circuits de commercialisation, poids excessif des interm\u00e9diaires et pratiques sp\u00e9culatives sur les march\u00e9s de gros. Autant de facteurs qui nuisent \u00e0 la comp\u00e9titivit\u00e9 du secteur et rench\u00e9rissent les prix pour le consommateur final.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le front de l\u2019export, la concurrence \u00e9trang\u00e8re ne faiblit pas. La perc\u00e9e de l\u2019\u00c9gypte et de la Turquie sur le march\u00e9 russe a contraint les op\u00e9rateurs marocains \u00e0 repenser leurs strat\u00e9gies. Cette adaptation a d\u00e9bouch\u00e9 sur une mont\u00e9e en gamme, un renforcement de la tra\u00e7abilit\u00e9 et l\u2019adoption de certifications internationales telles que GlobalG.A.P., SMETA, GRASP ou LEAF. L\u2019orange, produit embl\u00e9matique, reste pourtant confront\u00e9e \u00e0 d\u2019importantes barri\u00e8res. La saison d\u2019export, r\u00e9duite \u00e0 cinq mois, affaiblit la rentabilit\u00e9 des stations de conditionnement. Les usines de transformation, elles, d\u00e9pendent des \u00e9carts de tri, tandis que la prolongation de la saison sur le march\u00e9 local fragilise la r\u00e9colte suivante. Si l\u2019\u00c9tat a r\u00e9cemment annonc\u00e9 un soutien au secteur, les professionnels jugent cette mesure encore insuffisante face aux \u00e9carts de comp\u00e9titivit\u00e9, notamment avec l\u2019\u00c9gypte. La crise du Greening qui frappe actuellement le Br\u00e9sil, principal producteur mondial, pourrait cependant lib\u00e9rer de nouvelles opportunit\u00e9s \u00e0 l\u2019export.<\/p>\n\n\n\n<p>Le malaise est aussi social. M. Rachid Benali, pr\u00e9sident de la COMADER, a d\u00e9nonc\u00e9 une pression croissante sur les agriculteurs, pris entre la flamb\u00e9e des co\u00fbts, un SMIG revaloris\u00e9, la pression des prix et le manque de visibilit\u00e9 sur l\u2019eau. \u00ab&nbsp;<em>Le plus grand probl\u00e8me aujourd\u2019hui, c\u2019est l\u2019eau. Nous n\u2019avons aucune visibilit\u00e9, aucune r\u00e9ponse \u00e0 nos sollicitations<\/em>&nbsp;\u00bb, a-t-il regrett\u00e9, en pointant l\u2019absence de r\u00e9action du minist\u00e8re de l\u2019Eau. Dans la r\u00e9gion du Gharb, seuls 40 des 400 millions de m\u00b3 d\u2019eau attendus ont \u00e9t\u00e9 livr\u00e9s. \u00c0 cela s\u2019ajoute une p\u00e9nurie croissante de main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e, accentu\u00e9e par l\u2019impact du programme d\u2019Aide Sociale Directe (ASD), qui d\u00e9courage l\u2019emploi d\u00e9clar\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 cette situation, le financement appara\u00eet comme un levier incontournable. Mohamed Fikrat, pr\u00e9sident du directoire du Cr\u00e9dit Agricole du Maroc, a soulign\u00e9 que plus de 3,5 milliards de dirhams ont \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9s pour soutenir la fili\u00e8re, via des cr\u00e9dits \u00e0 moyen terme, des facilit\u00e9s pour les intrants, des produits de tr\u00e9sorerie ou encore l\u2019offre Istidama, d\u00e9di\u00e9e aux projets durables. Il a salu\u00e9 une rencontre qui a permis de \u00ab&nbsp;<em>rassembler toutes les parties prenantes du secteur des agrumes<\/em>\u00bb, insistant sur la n\u00e9cessit\u00e9 de renforcer la coordination.<\/p>\n\n\n\n<p>Le congr\u00e8s a \u00e9galement mis l\u2019accent sur l\u2019innovation. Lamiaa Ghaouti, directrice de l\u2019INRA, a rappel\u00e9 que cette rencontre s\u2019inscrivait dans un h\u00e9ritage scientifique de plus d\u2019un demi-si\u00e8cle. Malgr\u00e9 les contraintes hydriques, la pression internationale et les exigences de durabilit\u00e9, la fili\u00e8re continue d\u2019exporter environ 500 000 tonnes par an. Pour accompagner sa transformation, l\u2019INRA mise sur quatre axes : innovation g\u00e9n\u00e9tique, digitalisation, pratiques \u00e9cologiques et valorisation post-r\u00e9colte. Des vari\u00e9t\u00e9s comme Chemsiya, Gharbia ou Mehdia sont actuellement en transfert vers les p\u00e9pini\u00e9ristes.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle a appel\u00e9 \u00e0 p\u00e9renniser cette dynamique : \u00ab&nbsp;<em>Ce congr\u00e8s ne doit pas rester un \u00e9v\u00e9nement ponctuel. Il doit inaugurer une fili\u00e8re agrumicole \u00e0 faible empreinte hydrique mais \u00e0 haute productivit\u00e9<\/em>. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Technologies en verger<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"750\" src=\"https:\/\/www.foodmagazine.ma\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Photo-3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11055\" srcset=\"https:\/\/www.foodmagazine.ma\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Photo-3.jpg 1000w, https:\/\/www.foodmagazine.ma\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Photo-3-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.foodmagazine.ma\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Photo-3-768x576.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Les nouvelles technologies agricoles ont occup\u00e9 une place centrale dans les d\u00e9bats du congr\u00e8s. Deux interventions compl\u00e9mentaires ont particuli\u00e8rement retenu l\u2019attention : celle de M. Mohamed Marzak, directeur de la Business Unit Arboriculture aux Domaines Agricoles, et celle de M. Mohamed Nafide, directeur de production du Groupe Delassus.<\/p>\n\n\n\n<p>Mohamed Marzak a dress\u00e9 un panorama pr\u00e9cis des innovations d\u00e9j\u00e0 op\u00e9rationnelles dans plusieurs vergers marocains. Il a \u00e9voqu\u00e9 l\u2019usage de capteurs d\u2019humidit\u00e9, de stations m\u00e9t\u00e9o connect\u00e9es, de plateformes d\u2019aide \u00e0 la d\u00e9cision, de drones pour les traitements phytosanitaires, mais aussi de mod\u00e8les pr\u00e9dictifs et d\u2019outils num\u00e9riques permettant de digitaliser les services agricoles. Selon lui, \u00ab&nbsp;<em>ces technologies ont permis d\u2019augmenter les rendements de 30 % dans certaines exploitations et de r\u00e9duire la consommation d\u2019eau de pr\u00e8s de 40 % gr\u00e2ce \u00e0 un pilotage intelligent<\/em>&nbsp;\u00bb. L\u2019apport ne se limite pas \u00e0 la performance : am\u00e9lioration du calibre des fruits, r\u00e9activit\u00e9 accrue, capacit\u00e9 d\u2019anticipation\u2026 Les r\u00e9sultats sont visibles \u00e0 toutes les \u00e9tapes de la production.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c\u2019est surtout leur int\u00e9gration dans une logique globale, combinant tra\u00e7abilit\u00e9, durabilit\u00e9 et adaptation au changement climatique, qui transforme l\u2019agrumiculture de pr\u00e9cision en v\u00e9ritable levier strat\u00e9gique pour l\u2019avenir de la fili\u00e8re. L\u2019innovation ne s\u2019impose plus comme une option, mais comme une n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenant la suite, M. Mohamed Nafide a livr\u00e9 une analyse structur\u00e9e des freins rencontr\u00e9s par les agriculteurs dans l\u2019adoption de ces technologies. Il a point\u00e9 plusieurs obstacles du c\u00f4t\u00e9 des producteurs, notamment une surcharge de travail, un manque de formation adapt\u00e9e, et une certaine r\u00e9sistance au changement, souvent li\u00e9e au niveau d\u2019instruction. S\u2019ajoutent \u00e0 cela les co\u00fbts d\u2019investissement jug\u00e9s \u00e9lev\u00e9s, ainsi qu\u2019une incertitude sur la rentabilit\u00e9 des solutions \u00e0 moyen terme.<\/p>\n\n\n\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des fournisseurs et des startups, les difficult\u00e9s ne manquent pas non plus. Certaines solutions techniques restent \u00e9loign\u00e9es des r\u00e9alit\u00e9s du terrain. D\u2019autres ne prennent pas suffisamment en compte le rythme propre aux campagnes agricoles. Quant \u00e0 l\u2019accompagnement post-installation, il demeure souvent limit\u00e9. Il a n\u00e9anmoins salu\u00e9 l\u2019engagement des jeunes entreprises marocaines, en soulignant leur \u00ab courage manag\u00e9rial \u00bb et leur r\u00f4le dans la modernisation de la fili\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan structurel, l\u2019enjeu r\u00e9side dans la dispersion des outils, leur incompatibilit\u00e9, et l\u2019absence de standards communs. Le manque de centralisation des donn\u00e9es compromet la capitalisation collective et nuit \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 globale du syst\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour relever ces d\u00e9fis, M. Nafide a propos\u00e9 d\u2019encourager un co-d\u00e9veloppement entre le terrain et les technologies via des fermes pilotes, de renforcer les passerelles entre ing\u00e9nieurs AgriTech et producteurs \u00e0 travers des formations crois\u00e9es, et de structurer l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me en confiant \u00e0 Maroc Citrus un r\u00f4le de coordination, de standardisation et de financement.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux intervenants ont converg\u00e9 sur une conviction essentielle : la technologie est un outil au service de l\u2019agriculteur, et non une fin en soi. Comme le r\u00e9sume une citation de la FAO rappel\u00e9e en conclusion, \u00ab&nbsp;<em>ce n\u2019est pas la technologie qui change l\u2019agriculture, ce sont les femmes et les hommes qui l\u2019utilisent&nbsp;<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le greening : un risque phytosanitaire encore sous-estim\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La menace du greening, une maladie bact\u00e9rienne redoutable pour les agrumes, continue de mobiliser les acteurs du secteur au Maroc. Si le cadre r\u00e9glementaire est jug\u00e9 robuste, les sp\u00e9cialistes appellent \u00e0 renforcer l&#8217;application des lois existantes et \u00e0 adopter une approche coordonn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Il faut imp\u00e9rativement utiliser des plants certifi\u00e9s, issus de p\u00e9pini\u00e8res agr\u00e9\u00e9es par l\u2019ONSSA. C\u2019est vraiment essentiel<\/em>&nbsp;\u00bb, a rappel\u00e9 M. Dris Barik Chef de la Division de la Protection des V\u00e9g\u00e9taux \u00e0 l\u2019Office National de S\u00e9curit\u00e9 Sanitaire des Produits Alimentaires (ONSSA). Il a insist\u00e9 sur le fait que le Maroc dispose d\u2019un arsenal r\u00e9glementaire strict, en vigueur depuis 1951, pour encadrer l\u2019importation et la multiplication du mat\u00e9riel v\u00e9g\u00e9tal agrumicole.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous les v\u00e9g\u00e9taux introduits doivent obligatoirement passer par une quarantaine de deux ans et demi, sous contr\u00f4le de l\u2019ONSSA. \u00ab&nbsp;<em>Le greening figure parmi les 20 organismes de quarantaine les plus prioritaires au Maroc, avec un dispositif de surveillance renforc\u00e9, des analyses en laboratoire, et un programme de r\u00e9duction des risques<\/em>&nbsp;\u00bb, a-t-il pr\u00e9cis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, certains intervenants ont d\u00e9nonc\u00e9 les failles dans la mise en \u0153uvre des contr\u00f4les. \u00ab&nbsp;<em>Nous avons de tr\u00e8s belles lois, tr\u00e8s puissantes. Mais leur application reste insuffisante. Aujourd\u2019hui, rien ne vous emp\u00eache d\u2019entrer dans le pays avec des greffons dans votre valise. \u00c0 la douane, on contr\u00f4le les armes, pas les plantes<\/em>&nbsp;\u00bb, a r\u00e9agi Mamadou S\u00e9tamou, professeur \u00e0 la Texas A&amp;M University, comparant la rigueur des \u00c9tats-Unis o\u00f9 une telle infraction peut mener en prison.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour faire face \u00e0 ce risque phytosanitaire, la cr\u00e9ation d\u2019un comit\u00e9 national a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9e, r\u00e9unissant l\u2019ONSSA, Maroc Citrus, Morocco Foodex et l\u2019INRA, ainsi que les institutions de recherche et d\u2019enseignement, afin de coordonner les efforts et adapter les solutions au contexte marocain.<\/p>\n\n\n\n<p>En parall\u00e8le, la question de l\u2019irrigation a \u00e9t\u00e9 abord\u00e9e par des experts acad\u00e9miques, soulignant les d\u00e9fis de l\u2019irrigation enterr\u00e9e, notamment la mont\u00e9e capillaire et l\u2019accumulation de sels qui entra\u00eenent le bouchage des goutteurs. Ils ont \u00e9galement interrog\u00e9 les dispositifs de pilotage bas\u00e9s sur l\u2019humidit\u00e9, en appelant \u00e0 une approche fond\u00e9e sur la demande climatique r\u00e9elle des plantes pour une gestion optimis\u00e9e de l\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une feuille de route pour structurer l\u2019avenir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"667\" src=\"https:\/\/www.foodmagazine.ma\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Photo-4.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-11056\" srcset=\"https:\/\/www.foodmagazine.ma\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Photo-4.jpg 1000w, https:\/\/www.foodmagazine.ma\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Photo-4-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.foodmagazine.ma\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Photo-4-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>En cl\u00f4ture du congr\u00e8s, Kacem Bennani Smires, pr\u00e9sident de Maroc Citrus, a tenu \u00e0 exprimer sa reconnaissance \u00e0 l\u2019ensemble des intervenants, organisateurs et participants ayant contribu\u00e9 \u00e0 la r\u00e9ussite de cette premi\u00e8re \u00e9dition. Ce moment fondateur a \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion de poser les bases d\u2019une v\u00e9ritable feuille de route pour l\u2019avenir de la fili\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les priorit\u00e9s identifi\u00e9es, figure en premier lieu la gestion durable de la ressource hydrique. Il a \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer le d\u00e9ploiement du plan national d\u2019irrigation agricole, tout en d\u00e9veloppant des stations de dessalement destin\u00e9es en priorit\u00e9 \u00e0 couvrir les besoins en eau potable. Cette approche permettrait de pr\u00e9server l\u2019eau des barrages pour l\u2019irrigation, enjeu vital pour la p\u00e9rennit\u00e9 des vergers agrumicoles.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan institutionnel, les participants ont propos\u00e9 de formaliser une p\u00e9riodicit\u00e9 biennale pour les rencontres sectorielles : un format court, d\u2019une journ\u00e9e, tous les dix-huit mois pour favoriser les \u00e9changes techniques sur des th\u00e9matiques pr\u00e9cises, et un format long, tous les trois ans, sur trois jours, pour pr\u00e9senter les avanc\u00e9es scientifiques, les innovations et renforcer les partenariats professionnels.<\/p>\n\n\n\n<p>Autre axe structurant : la cr\u00e9ation d\u2019un r\u00e9seau national de recherche agrumicole. Celui-ci viserait \u00e0 mieux coordonner les efforts en mati\u00e8re de R&amp;D autour de la fili\u00e8re. Il impliquerait les \u00e9tablissements acad\u00e9miques tels que l\u2019INRA, l\u2019IAV Hassan II et l\u2019ENA, ainsi que des institutions publiques comme le minist\u00e8re de l\u2019Agriculture, l\u2019ONSSA et Morocco Foodex, en partenariat avec les acteurs priv\u00e9s, producteurs et exportateurs repr\u00e9sent\u00e9s par Maroc Citrus.<\/p>\n\n\n\n<p>La sant\u00e9 v\u00e9g\u00e9tale a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9e comme un enjeu strat\u00e9gique. Il a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 la mise en place d\u2019un comit\u00e9 de veille sanitaire charg\u00e9 du suivi \u00e9pid\u00e9miologique, du contr\u00f4le des vecteurs et du d\u00e9veloppement de recherches pr\u00e9ventives. Ce comit\u00e9 favoriserait la coordination entre l\u2019ONSSA, les chercheurs et les professionnels pour anticiper les risques phytosanitaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, un chantier crucial a \u00e9t\u00e9 ouvert concernant l\u2019int\u00e9gration des technologies num\u00e9riques. La cr\u00e9ation d\u2019un comit\u00e9 technique a \u00e9t\u00e9 sugg\u00e9r\u00e9e afin de recenser les outils existants, qu\u2019il s\u2019agisse de capteurs, plateformes digitales ou solutions d\u2019intelligence artificielle, et d\u2019\u00e9tablir des standards d\u2019interop\u00e9rabilit\u00e9. L\u2019objectif est \u00e9galement d\u2019accompagner leur adoption sur le terrain par le biais de d\u00e9monstrateurs, de formations cibl\u00e9es et d\u2019une validation technique impartiale. Dans ce processus, Maroc Citrus pourrait jouer un r\u00f4le de facilitateur et de tiers de confiance aupr\u00e8s de l\u2019ensemble des parties prenantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces orientations marquent une volont\u00e9 forte de transformer les d\u00e9fis de la fili\u00e8re en opportunit\u00e9s structurantes, et de b\u00e2tir une gouvernance plus concert\u00e9e, ancr\u00e9e dans la recherche, l\u2019innovation et l\u2019action collective.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Longtemps rest\u00e9e confin\u00e9e dans un cadre de concertation restreint, la fili\u00e8re agrumicole marocaine a tenu son tout premier congr\u00e8s scientifique national les 13, 14 et 15 mai 2025 \u00e0 Marrakech. Plac\u00e9 sous le th\u00e8me \u00ab Challenges multiples sur la fili\u00e8re des agrumes : quels leviers pour agir ? \u00bb, cet \u00e9v\u00e9nement a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9 par &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":11053,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6,2],"tags":[],"class_list":["post-11052","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","","category-a-la-une","category-actus-maroc"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/foodmagazine.ma\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11052","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/foodmagazine.ma\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/foodmagazine.ma\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/foodmagazine.ma\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/foodmagazine.ma\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=11052"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/foodmagazine.ma\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11052\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":11057,"href":"https:\/\/foodmagazine.ma\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/11052\/revisions\/11057"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/foodmagazine.ma\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/11053"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/foodmagazine.ma\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=11052"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/foodmagazine.ma\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=11052"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/foodmagazine.ma\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=11052"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}